mercredi 25 octobre 2017

Prochaine aventure : l'Afrique de l'Ouest

Ça y est! La prochaine grande aventure est née.

Les billets d'avion Montréal-Paris sont achetés.

Les pays sont choisis.



Le reste, ce sera beaucoup de préparation, beaucoup d'anticipation et beaucoup d'improvisation!

J'espère faire revivre ce blog. Écrire me manque. Pendant la deuxième moitié de mon voyage en 2015-2016, j'ai cessé d'écrire et je réalise qu'aujourd'hui, il me manque des morceaux. De chercher les mots pour décrire ce que je vois, ce que je fais, ce que je sens et ce que j'entends, cela me permet de m'accrocher solidement à l'expérience.

C'est donc un départ!


À destination : Sidi ifni

Ce billet était demeuré en mode "brouillon" et n'avait jamais été publié! Eh bien, vieux motard que jamais!
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Il ne me reste plus que quelques jours au Maroc et Nicolas, un ami rencontré à l'auberge, nous propose de louer une voiture et de partir faire une petite tournée vers le sud. Nous acceptons avec plaisir et partons à la découverte des célèbres Mirleft, Legzira et Sidi ifni, supposément paradisiaques et magnifiques.


Premier arrêt après avoir parcouru pendant quelques heures une très jolie (mais sinueuse) route : Taghazout. Nous prenons un petit repas, puis profitons des quelques minutes qui nous reste avant le coucher du soleil sur la plage. 

Artistes à l'oeuvre
Après avoir réussi de peine et de misère à traverser la ville d'Agadir en pleine heure de pointe sans causer aucun dommage à la voiture, nous conduisons jusqu'à Tiznit où nous nous arrêtons pour la nuit. Nous trouvons une petite auberge dans la médina et partons à la recherche de quelque chose à manger. Tiznit n'est pas aussi touristique qu'Essaouira et tout est fermé, ou presque. 

C'est alors qu'un homme nous aborde pour nous demander une cigarette. On discute un peu avec lui et il nous invite à le suivre pour nous montrer un bon endroit où manger. Il se dirige d'un pas plutôt rapide dans une petite ruelle sombre, puis il sort de la médina... J'entends les autres derrière moi se demander où il peut bien nous amener. Pour ma part, j'ai confiance et j'invite les autres à en faire autant. On se retrouve effectivement dans un petit restaurant absolument pas touristique, où on y prépare des salades de fruits gargantuesques, des poulets rôtis et des salades de patates à petits prix. En mangeant, on discute avec notre guide, qui est bien sympathique et qui a un excellent sens de l'humour. Bien sûr, il refusera qu'on l'invite à prendre un thé, mais nous demandera un peu d'argent plus tard, après être venu nous reconduire à l'auberge. On lui donne quelques dirhams de bonne grâce et on lui souhaite bonne chance. 


Le lendemain matin, on se permet une petite balade dans la médina pour faire le plein d'amlou (un mélange d'arachides broyées, d'huile et de miel) et de clémentines puis on reprend la route, direction plein sud!















mardi 1 mars 2016

Attraper un train à Bangkok

Ouf! Je suis dans le train, bien assise sur mon siège. Pourtant, j'ai bien failli ne pas y être. J'ai les yeux secs et le coeur qui bat encore un peu la chamade. Je pousse de longs soupirs satisfaisants, déroulant peu à peu la boule de stress qui loge encore au creux de mon ventre. Pour une première expérience des déplacements en Thaïlande, c'en fut toute une!

Pourtant, la journée allait très bien. J'ai passé l'après-midi au parc Lumphini, à profiter de cet oasis de paix en plein coeur de la bruyante Bangkok, un repos auditif bien mérité après m'être baladé à travers la ville pendant 3 jours, défiant avec succès les carrefours achalandés et les voitures qui ici, ont toujours priorité sur les piétons. Je me sentais calme, reposée, tranquille et j'avais hâte de vivre l'expérience du train de nuit (en couchette) vers Chiang Mai. Revenue à l'auberge pour récupérer mon sac, voyant que j'avais encore un peu de temps devant moi avant de devoir partir à la gare, je me suis attelée à un mot croisé.

Un peu trop calme peut-être, je réalise soudainement que je dois partir rapido pronto si je ne veux pas manquer mon train! J'emballe donc rapidement mes trucs et hêle un taxi. Mais voilà qu'après quelques minutes de route, je me rends compte que j'ai oublié mon téléphone à l'auberge! Merde! « I need to go back! », dis-je au chauffeur.

Go back?
Yes, I forgot something important.
Go back... Hahaha. Il rit et continue son chemin.
- Sir, we have to go back now. Go back!
Go back, ok.

Et il tourne de bord. Je stresse un peu, mais j'essaie de rester calme. Avec un peu de chance, c'est encore possible. Tout à coup, je ne reconnais plus les rues empruntées par la voiture et je me rends compte que nous sommes en train de traverser le pont vers l'autre côté du grand canal!

- Where are we going?
- Go back.
No, we need to go to Samsen road. (c'est la rue où il m'a prise)
- Samsen road? Why? You said Go back.

Bref, il a compris autre chose, je ne saurai jamais quoi et il était en train de me transporter vers la banlieue et c'était maintenant certain que j'avais manqué mon train. En plus, il était mort de rire le petit tannant! J'ai dû insister encore, il a finalement tourné de bord de nouveau, sans arrêter son compteur bien sûr. Quand nous sommes arrivés à destination, j'ai bien tenté de lui faire comprendre que je ne voulais pas payer toute la somme, mais avec son bien piètre anglais (j'en avais eu la preuve), c'était peine perdue. Je lui ai donc enfoncé un billet de 100 baht (4$, pas trop mal quand même) dans les mains et je suis sortie sans demander mon reste.

Lorsque je suis arrivée à l'auberge, j'ai expliqué ma mésaventure à la jeune fille qui travaille à la réception. Je lui ai demandé d'appeler à la gare pour voir s'il était possible de transférer mon billet au lendemain, ou mieux encore, au prochain train qui partait dans quelques heures. En raccrochant, elle m'explique que c'est impossible de changer un billet moins d'une heure avant le départ. J'avais remarqué au cours des derniers jours qu'elle était très peu dégourdie et je lui ai demandé si elle avait expliqué la situation. Son collègue est arrivé sur le fait et avec son excellent anglais m'a expliqué qu'on ne pouvait rien faire puisque les trains étaient gérés par l'État.

Je voyais donc toute la chaîne de conséquences financières à ce stupide malentendu : la perte de mon billet (800 baht) plus le coût d'un nouveau le lendemain, le taxi pour me rendre à la gare demain (60-70 baht), la location d'un lit à Bangkok ce soir (840 baht) et la perte de ma réservation à l'auberge de Chang Mai (300 baht), en plus du 100 baht que je venais de dépenser pour un charmant tour de taxi en banlieue. J'ai insisté auprès de l'employé, je lui ai demandé de rappeler et d'expliquer la situation, ce qu'il a fait.

Finalement, une solution est proposée : le train doit s'arrêter à une autre gare dans 20 minutes. Il est encore possible de m'y rendre, mais seulement en moto-taxi et sans perdre une seconde. Le gars m'accompagne donc là où se trouve le moto-taxi et explique la situation au chauffeur. Je ne comprends pas ce qu'ils se disent, mais je vois que ce dernier hésite et que mon ami insiste. Le chauffeur finit par accepter et je me demande « est-ce réellement possible si nous roulons à une vitesse qui demeure sécuritaire? ». On me rassure, sans que j'y croie vraiment. De toute façon, je n'ai pas le choix.

Moi qui ne voulait pas faire de moto en Thaïlande, me voilà bien servie. On zizague entre les voitures, les autres motos et les bus. On frôle les camions de vidange et on brûle même quelques feux rouges. À un moment, j'entends le chauffeur faire « Oufff! » après que l'on ait traversé une intersection. J'ai un peu peur mais je serre les dents et j'essaie de profiter de l'expérience, après tout je n'ai plus le choix.

Après un virage (assez serré), on longe la voie ferrée. Le chauffeur me pointe mon train qui y roule, puis la gare à environ 1 km. Le chauffeur accélère (alors que je trouvais déjà que nous allions bien assez vite) et on réussit à arriver à la gare, sain et sauf et surtout (!), avant le train. Le chauffeur est tout heureux, je lui lance des bravos! et des kop khoun kha (merci), je lui donne le 100 baht convenu et je cours sur le quai alors que le train entre en gare. Un gentil controleur vérifie mon billet et m'annonce que ce n'est pas le bon train, mais le prochain. Bah! Je peux bien attendre un peu, après tout, c'est mieux que de manquer le train!

Tout est bien qui finit bien et, en plus, ça fait une belle histoire pour reprendre l'écriture du blog. Comme j'ai eu la brillante idée d'amener une bière de route, je compte bien en profiter pas plus tard que maintenant. Elle sera bien bonne. Santé!

Photo prise sur les internets

mardi 22 décembre 2015

Petit guide animé du thé à la menthe

Le thé à la menthe est sans contredit la boisson nationale du Maroc. Symbole par excellence de l'hospitalité et de l'amitié, c'est aussi le breuvage idéal pour accompagner tout repas. Au Maroc, l'alcool se fait rare mais ce n'est pas grave, il y a le thé à la menthe! Il est idéal pour tout : au réveil, pour accompagner la tajine, pour recevoir les amis (ou les clients dans ta boutique) ou encore pour relaxer avant le coucher (inimaginable pour une insomniaque comme moi).

Vu l'importance culturelle de ce délicieux breuvage, on ne peut le servir n'importe comment! Le protocole est très important et, heureusement, Aisha nous a bien enseigné comment faire.

Pour vous aider à avoir l'air d'un « vrai » la prochaine fois que vous passerez au Maroc, voici un petit guide illustré de l'art de servir le thé à la menthe!

1. Le thé devrait être servi ainsi (sinon, sauvez-vous à toutes jambes, vous êtes dans une place de touristes) : petite théière contenant les feuilles de thé sur lesquelles on a versé l'eau chaude, un verre contenant quelques feuilles de menthe et du sucre (2 ou 3 carrés normalement; Aisha avait depuis longtemps compris qu'on n'avait pas la dent trop sucrée et ne nous en plaçait plus qu'un dans notre plateau). Vous constaterez que la cuillère n'est pas nécessaire.


2. Placez la menthe dans la théière. Le verre désormais vide vous servira pour boire votre thé.


3. Placez le (ou les!) carrés de sucre dans la théière, puis fermez-en le couvercle.


4. Versez un premier verre de thé, du plus haut possible et sans en renverser une goutte.


5. Videz ce verre dans la théière (il faut mélanger le sucre).


6. Reversez un verre de la même façon que la première. Cela permet également de refroidir un peu le thé. De plus, la mousse qui se forme sur le dessus est délicieuse et vous permettra de jauger de la température de votre thé et d'éviter de vous brûler.



7. Recommencez, une dernière fois; videz et reversez à nouveau. Trois fois au total.

 


8. Dégustez!


Bismilah!

jeudi 17 décembre 2015

Ma médina - 2e partie


En revenant sur mes pas, puis en traversant la rue principale, je m'engage dans le souk artisanal ou, si on préfère, le coin des touristes. Dans cette partie de la médina, le parfait touriste pourra se procurer la maroquinerie (accessoires en cuir), la tisserie, les coffres en bois de thuya, les bijoux berbères, des vêtements, etc.





Je n'aime pas tellement me promener dans cette section de la médina car on s'y fait constamment solliciter.

- Hello, bonjour. (avec un beau sourire)
- Bonjour (je réponds avec sincérité, mais me voilà prise au piège)
- Française?
- Non :)
- English?
- Québec!
- Aah! Canada (... hmmf!)
Pendant ce temps, j'essaie de continuer mon chemin... Mais ils n'abandonnent pas.

- Hé! Mademoiselle...
- Merci, bslamah!
- Hé! Venez voir ma boutique, juste pour le bonheur des yeux.
- ... Shokran
- Parlez arabe?
- Chwiya chwiya...
- Venez prendre le thé (on se crie maintenant par la tête puisque je tente toujours de m'éloigner). Revenez me voir plus tard! Hé!

Certains vont vous tendre la main en vous saluant, ce qui est difficile à ignorer. Une fois ma main dans la leur, ils la tiennent solidemment pendant qu'ils entamment la discussion, rendant la dérobade très difficile. Il faut donc beaucoup de patience pour demeurer polie et beaucoup d'imagination pour trouver les excuses adéquates pour qu'ils vous laissent filer. Et ça recommence quelques mètres plus loin avec un autre vendeur... Heureusement, après un mois à nous voir circuler dans la médina, ils commencent à reconnaître nos visages et à moins nous aborder.

Plusieurs salutations et refus plus tard, j'arrive au bout de la rue. Je longe le mur extérieur de la médina; j'entends le ressac de l'océan Atlantique de l'autre côté. Je sais que je me trouve maintenant dans le quartier juif, mais il n'y a pas vraiment de différence avec le reste de la médina. Je suis dans le souk des marchands de tapis, qui ont tous l'air bien défraichis. J'ose imaginer que ceux qui sont à vendre, dans la boutique, sont un peu plus frais et gardés à l'abri des rayons du soleil. C'est tranquille ici, on est en plein après-midi, c'est l'heure de la sieste...


Je finis par me retrouver sur la grande place Moulay Hassan, avec ses restaurants et ses terrasses, ses vendeurs de cartes postales ou de lunettes fumées de contrefaçon (« pas cher, seulement 1 million de dollars » - ils font tous la même blague). Parfois, on peut assister au spectacle d'un groupe de jeunes souiris, au costume fabriqué à la maison aux couleurs du drapeau, qui font moult acrobaties contre quelques dirhams. Tout au bout de la place, les remparts scellent la médina et me séparent d'un tout autre univers : le port.



Allons-y et profitons-en pour acheter de quoi faire un festin pour souper. Dès que je traverse les remparts, je suis submergée de nouvelles sensations. Le bleu du ciel et le bleu des chaloupes forment les trames d'un paysage achalandé : motos, touristes, pêcheurs au teint basané qui somnolent dans leurs barques ou qui rafistolent leurs filets, vendeurs et étals de poissons et profusion de chats et mouettes qui ont flairé la bonne affaire. Le sol est recouvert d'un périlleux limon d'abats de poisson, d'eau souillée et d'huile de bateau. L'odeur est éloquente, les rayons du soleil convoitent les pupilles. J'ai rapidement compris que tous les vendeurs font les mêmes prix, inutile de m'aventurer plus loin et de risquer la culbute. Je m'arrête au premier étal et j'achète crevettes, calmars et dorade pour le souper. Je répète tous les prix en arabe; le vendeur est content. Il prépare mon calmar contre quelques dirhams.







Je reviens sur mes pas vers la médina et je m'arrête au comptoir de mon ami Mohamed. Aussi heureux qu'un marocain peut l'être, il me presse à la main un jus d'orange frais contre quelques dirhams. Je retourne vers la rue principale et je me retrouve sur une grande place aux allures coloniales, située tout près de l'Association Mogador-Essaouira, là où nous prenons nos cours d'arabe. Je reconnais les mendiants qui s'y trouvent. Il y a la vieille dame au dos tellement voûté que l'on pourrait remettre la théorie de la gravité en question s'il ne c'était de sa canne. Il y a cet homme qui vient se mettre devant vous, la main tendue et vous empêchant de continuer votre chemin. Il y a cet autre, avachi dans son chariot qui crie à longueur de journée « Allah! Allah! Allah! Allah!...» (lorsque je suis allée lui donner une pain, il est devenu complètement lucide, et d'un français pas trop mauvais, m'a demandé si je faisais de la gymnastique...!). Il y a ce mignon petit homme berbère avec sa djabellah grise, il ne fait rien sinon nous demander l'aumône en berbère. Lorsque je lui tends une clémentine, son visage s'illumine et il regarde ce simple don comme s'il était d'or. Ces pauvres gens, et bien d'autres que j'oublie, me rappellent à tous les jours comment la sécurité sociale est précieuse. Ici, l'emploi est difficile à trouver et un simple handicap peut vous mettre sur la paille. J'ai vu des gens ramper dans la rue, n'ayant d'autres moyens de locomotion que leurs bras et sans les moyens de se payer une chaise roulante ou des béquilles. Mon coeur se serre puis le sentiment de lâcheté me prend les trippes lorsque je réalise qu'il m'est plus facile de regarder ailleurs et de continuer mon chemin. Elle est bien belle, ma médina, mais la vie des gens qui y habitent ne l'est pas autant.

Un peu plus loin sur le chemin du retour, je salue mon ami de la pâtisserie Lajeunesse, là où je vais déjeuner à tous les matins. Avec l'invariable café au lait (nss-nss, ou moitié-moitié), j'ai le choix entre la baguette à la Petite vache qui rit, l'omelette au fromage rouge (fromage edam, dont la meule est entourée de cire rouge à la façon d'un Babybel) ou la chocolatine. Le tout pour moins de 1$, et c'est le café qui coûte cher. Je continue mon chemin car j'ai des fruits de mer à mettre au frigo, quoi qu'ils ont déjà passé une bonne partie de la journée au soleil...

Avant de m'engager dans la petite ruelle de l'auberge, je jette un coup d'oeil à ma médina. J'essaie de graver ses couleurs, ses visages, ses odeurs et ses sons dans ma mémoire. Je sais que mon passage ici est important, mais je ne sais pas encore pourquoi.