lundi 22 janvier 2018

Un train nommé enfer

Il n’y a qu’une voie ferrée en Mauritanie : celle de la Société nationale industrielle et minière (la SNIM) qui relie la mine de fer de Zouerate à Nouadhibou. Le train qui y circule est appelé train minéralier car il est constitué de 200 à 210 wagons-citerne transportant 84 tonnes de minérai de fer chacun, jusqu’au port de Nouadhibou où il est chargé sur des bateaux. Ainsi, il s’agit du train le plus long, le plus lourd et, conséquemment, le plus lent du monde. Il peut faire jusqu’à 2,5 km de long et sa vitesse ne dépasse pas 60 km/h lorsque les wagons sont pleins.



Dans ce pays désertique aux rares routes goudronnées, le train minéralier constitue le seul réel moyen de transport entre ces deux villes. Pour les employés de la mine en permission qui veulent se rendre en ville, ou pour d’autres comme cet enseignant ivoirien qui se rend à tous les mois à Nouadhibou pour voir sa femme, le train minéralier devient un moyen de transport comme un autre.



Comme dans nos trains occidentaux où vous pouvez choisir entre la classe économique et la classe supérieure, deux choix s’offrent à vous si vous voulez voyager en train minéralier. Tout au bout de ce long convoi, deux voitures de train pour les passagers ont été ajoutés : une voiture VIP pour les cadres de la société, où semble-t-il le confort est minimal, mais existant, et l’autre, la « Douira ». Dans ce vieux wagon composé d’un couloir latéral et d’une demi-douzaine de compartiments, les billets se vendent 2500 ouguiyas (8,75$) et sont donc réservés à ceux qui en ont les moyens. L’autre option est de grimper dans un wagon-citerne, vide si le train se dirige vers Zouérate ou plein de minérai de fer s’il va plutôt vers l’océan. Des bergers transportent ainsi leur bétail, des commerçants, leur marchandise. Si cette option est sans frais, elle est également sans garantie et sans protection contre les éléments. Il fait froid, le bruit est infernal, c’est terriblement sale et parfois, des gens ou des chèvres tombent des wagons et meurent. Si nous n’avons pas osé l’expérience des wagons-citerne vides, la Douira promettait aussi son lot de désagréments.

Photo prise sur les z'internets

Nous nous présentons à la gare de voyageurs de Nouadhibou à l’heure prévue du train : 14 heures. À notre arrivée, la gare est fermée. On nous informe que le train sera en retard… départ prévu entre 19 et 22 heures selon les versions. La gare finit par ouvrir, il n’y a que de vieux sièges bancals, pas de toilette, pas de lumière, pas de guichet. Mais au moins, on est à l’abri du soleil et du vent. Le jour tombe et la gare devient de plus en plus sombre. Il y a un commerçant qui vend quelques grignotines qui agit également comme muezzin, appelant les hommes à la prière dans une mosquée. Les femmes n’y entrent pas, et font leur prière devant nous, à même le sol, dans l’obscurité de la gare. Le moment est solennel.

Vers 21 heures, on nous fait signe, on sort : le train arrive, il passe devant nous. C’est long, long… il freine et les wagons se percutent avec un bruit horrible. Lorsqu’il s’arrête enfin, tout le monde se met à courir, soit vers les wagons-citerne ou vers la Douira. Un policier nous escorte jusqu’à la porte, on grimpe tant bien que mal dans le wagon. Notre long voyage de 11 heures vers la ville de Choum, à mi-chemin entre Nouadhibou et Zouérate, débute. Une très longue et difficile nuit s’amorce...

D’abord, un train aussi lourd et aussi long qui circule dans le désert soulève beaucoup de sable, sans parler de la poussière toxique du minérai de fer des wagons-citerne. La Douira étant située à la queue du train, c’est là où l’expression « manger la poussière » prend tout son sens. Mais nous étions prêts : masques chirurgicaux dérobés lors de notre visite au CLSC pour nos vaccins, melhafa pour Catherine et chèche pour Rémy.

Ensuite, acheter un billet ne vous assure pas une place assise; souvent, le wagon est bondé, les gens devant s’asseoir un peu partout sur le sol. Heureusement, le soir où nous l’avons pris, il y avait peu de gens et suffisamment de place pour tout le monde dans les compartiments. Par contre, avoir une place assise n’est pas pour autant synonyme de confort. Là où on imagine un compartiment muni d’une porte, d’une fenêtre pour voir défiler le paysage et d’une banquette, se trouve plutôt une absence de quoi que ce soit d’autre que la structure métallique du wagon, un plexiglas opacifié par les saletés et les rayures en lieu de fenêtre et comme banquette, une vulgaire planche de bois posée à 90 degrés avec le mur et trop basse, ce qui fait que les genoux sont plus hauts que les fesses.

À notre arrivée dans le wagon, nous étions contents de constater que nous avions des places assises avec seulement 3 autres hommes dans notre compartiment et qu’il n’y avait pas trop de poussière dans l’air. Toutefois, dès le départ du train, les choses se sont corsées. Comme ce train est très lourd, la force générée par la locomotive pour initier le mouvement de tous ces wagons est très grande. À chaque coup d’accélération ou de freins de la locomotive, la secousse est brutale. Surtout lorsque le train freine, puisque les wagons se rentrent les uns dans les autres. Et lorsque le train roule, les secousses continuent mais de façon latérale. On aurait cru que le wagon sautait d’un rail à l’autre et qu’il allait dérailler à tout moment. Comme le wagon est le dernier du convoi, c’est probablement pire que dans les wagons-citernes. Les secousses sont très fortes et continues : on se serait cru dans une machine à laver – et pas à cycle délicat! Le bruit est infernal et il n’y a aucune lumière dans le train. Quant à la toilette, je ne vous en parle même pas (et quand on voyage en Afrique, nos exigences en matière de toilettes sont déjà peu élevées).

Mais le pire, c’est vraiment l’absence total de confort pour les fesses. Après à peine 15 minutes, je ne pouvais plus supporter la position assise. Devant nous, deux hommes visiblement habitués ont sorti des des couvertures et des sacs de grain en guise d’oreiller, se sont couchés tête-bêche et se sont immédiatement endormis, à notre grande stupéfaction. De notre côté, impossible de fermer l’œil. Entre les secousses incessantes, l’inconfort de la position assise et le besoin de sommeil qui s’installait de plus en plus sans jamais être assouvi, nous étions de plus en plus impatients de sortir de ce train infernal. Et comme nous étions la nuit, impossible de nous changer les idées en regardant le paysage.

À un certain moment, le train s’est arrêté en plein milieu du désert pour permettre au train se dirigeant en direction inverse de passer; la voie est unique sur toute la longueur du trajet sauf à cet endroit. Nous avons donc eu 1h30 de répit pendant lequel Rémy, qui avait réussi à adopter une position demie-couchée, collé sur notre voisin de planche, s’est endormi. Tout le monde dormait dans le wagon. Mais comme je n’avais pas la place pour m’allonger et que mon derrière me faisait trop souffrir pour dormir, j’étais impatiente qu’on reparte pour enfin arriver à Choum.

Vers 7 heures, le soleil s’est tranquillement levé sur le désert et nous avons passé la dernière heure à contempler les dunes, le reg et les montagnes. Le sable était doré sous les rayons obliques du soleil levant, c’était le calme, l’espace, enfin nous étions arrivés dans le Sahara, le vrai. Puis, nous sommes arrivés à Choum et tout s’est précipité un peu, on nous a mis dans un bus à destination d’Atar et la route a été encore longue et fatigante. En arrivant à Atar, on a fait une bonne sieste, on a pris une douche et on a mangé un bon riz au poisson. Nous ne pouvions nous empêcher de penser à tous ces gens qui étaient toujours dans ce train de l’enfer et qui avaient encore plusieurs heures à faire avant d’arriver à destination.

Voilà une aventure qui fait grandement réfléchir sur les inégalités incroyables entre nos conditions de vie et celle des Mauritaniens. Chez nous, on ne laisserait même pas le bétail voyager dans de telles conditions. Les Mauritaniens payent une somme considérable pour prendre ce train et s’en trouvent choyés. Pour eux, c’est la vie normale et pour moi, c’était tellement difficile que je trouve pertinent d’en faire un article de blog. Comme nous a répondu un chauffeur de taxi de Nouadhibou lorsque nous lui demandions si le train était confortable: « C'est... différent! »

vendredi 19 janvier 2018

À destination : Nouadhibou

Le voyage est bien débuté depuis déjà quelques semaines, mais l’aventure vient réellement juste de commencer. Après avoir passé quelques jours en terrain connu au Maroc, nous voici maintenant dans un nouveau pays, la Mauritanie. À première vue, la Mauritanie ne se laisse pas facilement apprivoiser.

Mais commençons par le début. La traversée du Sahara Occidental s’est très bien passée. Nous avons fait du pouce en banlieue de Tiznit, en espérant réussir à nous rendre jusqu’à Tantan Plage pour la nuit. Après une bonne demie-heure, un Saharaoui vivant en Espagne nous y a pris jusqu’à Laâyoune. Nous avons donc passé le trajet avec ce fier indépendantiste, partageant les côtelettes, préparant le thé dans le sable sous les étoiles et changeant même une crevaison en plein désert.

Le lendemain, nous avons tenté le pouce jusqu’à Dakhla, un pari plutôt audacieux étant donné la présence d’une seule ville entre les deux : Boujdour. Nous avons réussi à trouver quelqu’un qui nous a amené en une heure à Boujdour (distante de 160 km – je vous laisse calculer la vitesse moyenne de croisière) mais pas de succès pour la suite. Toutefois, un riche producteur d’huile de poisson de Nouadhibou qui s’était loué un taxi collectif à lui seul pour se rendre à Dakhla nous a pris avec lui et c’est pour un maigre 100dh que nous avons pu nous rendre dans cette sympathique petite ville que nous avions bien aimé lors de notre dernier passage.


Les quelques jours passés à Dakhla nous ont permis de préparer la suite de l’aventure : trouver un transport jusqu’à Nouadhibou, faire quelques achats et chercher des africaines pour me tresser les cheveux. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Rokhaya, une sénégalaise, et de Aja, une ivoirienne, deux commerçantes venues au Maroc pour acheter l’huile d’argan. Elles ont accepté de me faire les tresses africaines dans leur chambre d’hôtel. On a bien rigolé quoi qu’à la fin, je les sentais un peu pressées de terminer. Il faut dire qu’elles quittaient tôt le lendemain pour la Mauritanie et avaient encore beaucoup de choses à faire avant le départ. Je suis très satisfaite de ma nouvelle coiffure, qui ne nécessite aucun entretien et qui, en plus, me va plutôt bien je trouve!

Finalement, nous avons pris le bus pour la frontière marocaine et une fois là-bas, nous avons encore une fois pu constater la méthode africaine. À l’arrivée du seul bus de voyageur de la journée, le douanier responsable des tampons de sortie venait juste de partir en pause – nous devions donc attendre debout au soleil et dans le vent de sable, pendant qu’une dizaine d’autres douaniers étaient présents un peu partout à discuter, relaxer et nous regarder.

Ici aussi, il y a de la poudrerie dans le chemin!


Une fois les formalités terminées, nous devions nous rendre à la frontière mauritanienne qui se trouve de l’autre côté d’un no man’s land de 3 km. Le Sahara Occidental est revendiqué par le Front Polisario qui en réclame l’indépendance. Cette bande de désert de 3 km qui sépare les deux frontières était autrefois le théatre de conflits armés et le territoire est encore truffé de mines antipersonnel. C’est pourquoi il faut suivre la piste et ne pas s’en écarter. Il agit également comme un cimetière de voitures abandonnées ou en attente d’être revendues. Certains propriétaires décident de ne pas payer les frais de douane pour traverser une ou l’autre frontière et abandonnent simplement la voiture sur place. Pas de danger pour nous, le chauffeur de taxi connaît bien la route.



Une fois arrivés en territoire mauritanien, nous devions négocier pour trouver un bon taux de change au noir pour nos euros et faire faire nos visas. Après, on nous a amenés à la police où un grand douanier pieds nus a estampillé nos visas, puis nous a fait signe de le suivre jusqu’au bureau de ce qui était visiblement le chef du poste de police. Celui-ci nous a dit d’une voix bien forte et bien sévère : « Bienvenue en Mauritanie, le pays de la loi, la paix et la tranquillité. » Puis, d’une tape sur mon sac à dos, le douanier nu-pieds nous a fait comprendre que la formalité était terminée. Nous sommes retournés au taxi et avons continué notre route jusqu’à Nouadhibou.




Nouadhibou, c’est un autre monde. Moi qui m’attendais à trouver un pays relativement similaire au Maroc, je me suis bien trompée. Ce qui frappe en arrivant, bien sûr, c’est la pauvreté. La pollution également, la ville est comme un dépotoir à ciel ouvert. Ensuite, on remarque les rues ensablées et finalement, à notre grand plaisir, les chèvres qui traînent un peu partout dans la ville, se nourrissant des ordures.






Nous nous installons chez Ali, dans une petite chambre très sobre mais qui nous plaît bien finalement. Le « Camping » chez Ali est très agréable, il y a une grande cour ouverte, une tente pour relaxer et un espace pour manger et lire.

Une fois l’hébergement réglé, nous partons à la recherche d’une petite bicoque pour manger. Cette fois, c’est plus compliqué. Contrairement au Maroc, où les cafés et les restaurants sont tellement nombreux qu’on se demande comment les gens font pour survivre, ici on ne trouve rien. Il y a un nombre hallucinant de vendeurs de cellulaires et de cartes de téléphone, ainsi que de salon de coiffure et de vendeurs de vêtements. Mais, aucun restaurant (ou sinon des trucs pas très invitants, ou encore, fermés) ni petit commerce de quartier (je fais référence à l’équivalent marocain du dépanneur, ou aux vendeurs de brochettes, ou encore aux vendeurs de noix et fruits séchés). Il n’y a que des madames assises sur les trottoirs qui vendent des boules de pâte frites dans l’huile… On finit par manger dans un restaurant un peu chic (d’un point de vue mauritanien) un sandwich à la viande garni de mayonnaise et de… frites!

Le lendemain, on part à la découverte de la ville. On commence par aller voir la Place de l’indépendance : une place pavée avec un mat sans drapeau au centre, entourée d’un trottoir. On comprend immédiatement qu’il est interdit d’y marcher : tout le monde font consciencieusement le tour de la place sous l’oeil attentif d’un policier assis un peu plus loin à l’ombre. Au Maroc, cette place aurait été l’endroit le plus actif de la ville, le souk y aurait naturellement pris place. Mais pas ici.

On continue donc notre chemin jusqu’au port de pêche artisanal, où on est abasourdis par le nombre de petits bateaux de pêche : il y en a à perte de vue. La présence de deux touristes blancs est visiblement incongrue dans ces lieux, on prend donc quelques photos discrètement et on quitte, de toute façon il n’y a pas grand-chose à voir. L’heure de la pêche est probablement terminée puisqu’on a pas vu l’ombre d’un seul poisson dans cet immense port de pêche.





Nous nous dirigeons donc vers la seule « attraction » de la ville, s’il en est une. C’est la présence d’un cimetière de vieux bateaux abandonnés sur la plage du village voisin, Cansado. Nous hélons donc un taxi pour Cansado, un petit village très tranquille. Peut-être trop tranquille, puisque le seul restaurant est encore fermé : il faudra qu’on s’habitue aux horaires mauritaniens. On s’achète une pâtisserie pour patienter (ça, on en trouve facilement!) et on descend vers la plage.


On marche le long de celle-ci dans la direction qu’on nous a indiqué, mais tout ce qu’on trouve c’est des kilomètres et des kilomètres de déchets. On a l’impression de marcher dans un dépotoir, alors qu’on se trouve sur une plage potentiellement paradisiaque. Si la couleur de l’eau nous fait rêver, il n’y a même pas la place pour poser un pied dans se retrouver dans les ordures.









Après avoir fait un long détour à travers le désert pour contourner une usine chinoise qui fait de la farine de poissons, nous arrivons enfin au cimetière de bateau. Contents, je considère sortir l’appareil photo de mon sac pour faire de super photos, lorsqu’un policier nous hèle. Après avoir discuté un peu de tout et de rien, il nous dit qu’on ne peut pas prendre de photos sans autorisation du ministère du tourisme – les étrangers vont critiquer s’ils prennent des photos des vieux bateaux. On s’est bien abstenus de rétorquer que s’il y a quoi que ce soit dont on pourrait se plaindre en ces lieux, c’est bien la présence de ces kilotonnes de déchets. Enfin, on lui dit qu’on ne prendra pas de photos et on continue à marcher sur la plage/dépotoir et un peu plus loin, on prend quelques photos avec le téléphone.



De retour en ville, nous devons absolument retirer de l’argent au guichet car nos réserves s’épuisent rapidement. Ça aussi, c’est un peu un défi depuis notre arrivée. L’argent mauritanienne s’appelle l’ouguiya (déjà il faut apprendre à le prononcer). Depuis le 1er janvier 2018, l’ouguiya a changé, ils ont remplacé tous les billets et ont simplement enlevé un 0. Donc, il y a l’ancien ouguiya et la nouvelle ouguiya (on est pas certains si c’est masculin ou féminin, ouguiya). Donc, un billet de 100 anciens ouguiya vaut la même chose qu’un billet de 10 nouveaux ouguiya. Les gens donnent en général les prix en anciens ouguiyas, mais il faut toujours contre-vérifier, pour ne pas payer un sandwich 20$ au lieu de 2$. De plus, comme un euro vaut 430 ouguiyas, ou encore 1 dollar canadien vaut 280 ouguiya, la conversion des prix dans notre tête n’est jamais facile. Il faut dire que le coût de la vie est relativement cher ici, en tout cas pas mal plus cher qu’au Maroc. Cela rend aussi le rapport à l’argent un peu difficile. On va s’habituer tranquillement, mais pour l’instant on a de la difficulté.



Donc, on va au guichet électronique pour retirer de l’argent : le guichet refuse nos cartes. On fait 3-4 guichets différents : soit ils rejettent la carte, ou encore, ils sont hors service. On finit par faire tous les guichets de la ville, de plus en plus inquiets. Au dernier guichet, où il y a un gardien de sécurité, celui-ci nous informe que les guichets ne fonctionnent pas à cause du changement de la monnaie. Découragés et inquiets, on retourne dormir à l’auberge. Ce matin, nous sommes donc partis à la première heure à la banque pour gérer ce problème. On nous invite à passer dans le bureau du directeur de banque. Celui-ci nous dit, d’un ton tellement calme que c’en est frustrant : non, les guichets ne fonctionnent pas à cause du changement de monnaie, et il n’y a pas de solution. C’était un peu la panique! Finalement, on a trouvé un guichet qui a accepté de nous donner de l’argent avec une carte Visa. Avant de partir en voyage, j’avais lu que la carte MasterCard est très rarement acceptée en Afrique; Rémy et moi avons chacun une carte MC. J’ai donc commandé une carte Visa pour le voyage, en me disant qu’on ne l’utiliserais probablement pas. Quelle chance!

Donc, une fois ce problème réglé (oufff), on est de retour à l’auberge pour une petite journée relaxante : douche, lessive, courses…


Demain, nous allons prendre le train minéralier, le plus long train du monde (et à lire les commentaires, le plus inconfortable du monde également), pour nous rendre dans la région de l’Adar, le grand désert comme on se l’imagine. Là-bas, on va se retrouver dans un milieu plus touristique et on espère faire une méharée, une randonnée dans le désert avec des chameaux.


On ne sera pas fâchés de quitter Nouadhibou et on espère que le reste du pays a un peu plus à offrir.

mercredi 25 octobre 2017

Prochaine aventure : l'Afrique de l'Ouest

Ça y est! La prochaine grande aventure est née.

Les billets d'avion Montréal-Paris sont achetés.

Les pays sont choisis.



Le reste, ce sera beaucoup de préparation, beaucoup d'anticipation et beaucoup d'improvisation!

J'espère faire revivre ce blog. Écrire me manque. Pendant la deuxième moitié de mon voyage en 2015-2016, j'ai cessé d'écrire et je réalise qu'aujourd'hui, il me manque des morceaux. De chercher les mots pour décrire ce que je vois, ce que je fais, ce que je sens et ce que j'entends, cela me permet de m'accrocher solidement à l'expérience.

C'est donc un départ!


À destination : Sidi ifni

Ce billet était demeuré en mode "brouillon" et n'avait jamais été publié! Eh bien, vieux motard que jamais!
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Il ne me reste plus que quelques jours au Maroc et Nicolas, un ami rencontré à l'auberge, nous propose de louer une voiture et de partir faire une petite tournée vers le sud. Nous acceptons avec plaisir et partons à la découverte des célèbres Mirleft, Legzira et Sidi ifni, supposément paradisiaques et magnifiques.


Premier arrêt après avoir parcouru pendant quelques heures une très jolie (mais sinueuse) route : Taghazout. Nous prenons un petit repas, puis profitons des quelques minutes qui nous reste avant le coucher du soleil sur la plage. 

Artistes à l'oeuvre
Après avoir réussi de peine et de misère à traverser la ville d'Agadir en pleine heure de pointe sans causer aucun dommage à la voiture, nous conduisons jusqu'à Tiznit où nous nous arrêtons pour la nuit. Nous trouvons une petite auberge dans la médina et partons à la recherche de quelque chose à manger. Tiznit n'est pas aussi touristique qu'Essaouira et tout est fermé, ou presque. 

C'est alors qu'un homme nous aborde pour nous demander une cigarette. On discute un peu avec lui et il nous invite à le suivre pour nous montrer un bon endroit où manger. Il se dirige d'un pas plutôt rapide dans une petite ruelle sombre, puis il sort de la médina... J'entends les autres derrière moi se demander où il peut bien nous amener. Pour ma part, j'ai confiance et j'invite les autres à en faire autant. On se retrouve effectivement dans un petit restaurant absolument pas touristique, où on y prépare des salades de fruits gargantuesques, des poulets rôtis et des salades de patates à petits prix. En mangeant, on discute avec notre guide, qui est bien sympathique et qui a un excellent sens de l'humour. Bien sûr, il refusera qu'on l'invite à prendre un thé, mais nous demandera un peu d'argent plus tard, après être venu nous reconduire à l'auberge. On lui donne quelques dirhams de bonne grâce et on lui souhaite bonne chance. 


Le lendemain matin, on se permet une petite balade dans la médina pour faire le plein d'amlou (un mélange d'arachides broyées, d'huile et de miel) et de clémentines puis on reprend la route, direction plein sud!















mardi 1 mars 2016

Attraper un train à Bangkok

Ouf! Je suis dans le train, bien assise sur mon siège. Pourtant, j'ai bien failli ne pas y être. J'ai les yeux secs et le coeur qui bat encore un peu la chamade. Je pousse de longs soupirs satisfaisants, déroulant peu à peu la boule de stress qui loge encore au creux de mon ventre. Pour une première expérience des déplacements en Thaïlande, c'en fut toute une!

Pourtant, la journée allait très bien. J'ai passé l'après-midi au parc Lumphini, à profiter de cet oasis de paix en plein coeur de la bruyante Bangkok, un repos auditif bien mérité après m'être baladé à travers la ville pendant 3 jours, défiant avec succès les carrefours achalandés et les voitures qui ici, ont toujours priorité sur les piétons. Je me sentais calme, reposée, tranquille et j'avais hâte de vivre l'expérience du train de nuit (en couchette) vers Chiang Mai. Revenue à l'auberge pour récupérer mon sac, voyant que j'avais encore un peu de temps devant moi avant de devoir partir à la gare, je me suis attelée à un mot croisé.

Un peu trop calme peut-être, je réalise soudainement que je dois partir rapido pronto si je ne veux pas manquer mon train! J'emballe donc rapidement mes trucs et hêle un taxi. Mais voilà qu'après quelques minutes de route, je me rends compte que j'ai oublié mon téléphone à l'auberge! Merde! « I need to go back! », dis-je au chauffeur.

Go back?
Yes, I forgot something important.
Go back... Hahaha. Il rit et continue son chemin.
- Sir, we have to go back now. Go back!
Go back, ok.

Et il tourne de bord. Je stresse un peu, mais j'essaie de rester calme. Avec un peu de chance, c'est encore possible. Tout à coup, je ne reconnais plus les rues empruntées par la voiture et je me rends compte que nous sommes en train de traverser le pont vers l'autre côté du grand canal!

- Where are we going?
- Go back.
No, we need to go to Samsen road. (c'est la rue où il m'a prise)
- Samsen road? Why? You said Go back.

Bref, il a compris autre chose, je ne saurai jamais quoi et il était en train de me transporter vers la banlieue et c'était maintenant certain que j'avais manqué mon train. En plus, il était mort de rire le petit tannant! J'ai dû insister encore, il a finalement tourné de bord de nouveau, sans arrêter son compteur bien sûr. Quand nous sommes arrivés à destination, j'ai bien tenté de lui faire comprendre que je ne voulais pas payer toute la somme, mais avec son bien piètre anglais (j'en avais eu la preuve), c'était peine perdue. Je lui ai donc enfoncé un billet de 100 baht (4$, pas trop mal quand même) dans les mains et je suis sortie sans demander mon reste.

Lorsque je suis arrivée à l'auberge, j'ai expliqué ma mésaventure à la jeune fille qui travaille à la réception. Je lui ai demandé d'appeler à la gare pour voir s'il était possible de transférer mon billet au lendemain, ou mieux encore, au prochain train qui partait dans quelques heures. En raccrochant, elle m'explique que c'est impossible de changer un billet moins d'une heure avant le départ. J'avais remarqué au cours des derniers jours qu'elle était très peu dégourdie et je lui ai demandé si elle avait expliqué la situation. Son collègue est arrivé sur le fait et avec son excellent anglais m'a expliqué qu'on ne pouvait rien faire puisque les trains étaient gérés par l'État.

Je voyais donc toute la chaîne de conséquences financières à ce stupide malentendu : la perte de mon billet (800 baht) plus le coût d'un nouveau le lendemain, le taxi pour me rendre à la gare demain (60-70 baht), la location d'un lit à Bangkok ce soir (840 baht) et la perte de ma réservation à l'auberge de Chang Mai (300 baht), en plus du 100 baht que je venais de dépenser pour un charmant tour de taxi en banlieue. J'ai insisté auprès de l'employé, je lui ai demandé de rappeler et d'expliquer la situation, ce qu'il a fait.

Finalement, une solution est proposée : le train doit s'arrêter à une autre gare dans 20 minutes. Il est encore possible de m'y rendre, mais seulement en moto-taxi et sans perdre une seconde. Le gars m'accompagne donc là où se trouve le moto-taxi et explique la situation au chauffeur. Je ne comprends pas ce qu'ils se disent, mais je vois que ce dernier hésite et que mon ami insiste. Le chauffeur finit par accepter et je me demande « est-ce réellement possible si nous roulons à une vitesse qui demeure sécuritaire? ». On me rassure, sans que j'y croie vraiment. De toute façon, je n'ai pas le choix.

Moi qui ne voulait pas faire de moto en Thaïlande, me voilà bien servie. On zizague entre les voitures, les autres motos et les bus. On frôle les camions de vidange et on brûle même quelques feux rouges. À un moment, j'entends le chauffeur faire « Oufff! » après que l'on ait traversé une intersection. J'ai un peu peur mais je serre les dents et j'essaie de profiter de l'expérience, après tout je n'ai plus le choix.

Après un virage (assez serré), on longe la voie ferrée. Le chauffeur me pointe mon train qui y roule, puis la gare à environ 1 km. Le chauffeur accélère (alors que je trouvais déjà que nous allions bien assez vite) et on réussit à arriver à la gare, sain et sauf et surtout (!), avant le train. Le chauffeur est tout heureux, je lui lance des bravos! et des kop khoun kha (merci), je lui donne le 100 baht convenu et je cours sur le quai alors que le train entre en gare. Un gentil controleur vérifie mon billet et m'annonce que ce n'est pas le bon train, mais le prochain. Bah! Je peux bien attendre un peu, après tout, c'est mieux que de manquer le train!

Tout est bien qui finit bien et, en plus, ça fait une belle histoire pour reprendre l'écriture du blog. Comme j'ai eu la brillante idée d'amener une bière de route, je compte bien en profiter pas plus tard que maintenant. Elle sera bien bonne. Santé!

Photo prise sur les internets